Israël: Shalit dans la tête de Netanyahu.

Publié le par Dabbag.info.

__3354861654_617f2c4c0c.jpg__Les informations sur les tractations pour la libération de Guilad Shalit filtrant à dose homéopathique, il nous a semblé utile, à Dabbag.info, d'apporter à nos lecteurs quelques éléments de réflexion sur l'affaire. Pour cela nous avons demandé à un ancien médecin-général de l'armée française de nous donner son point de vue. Cet éclairage particulier, comme vous allez le lire, s'il n'a pas une ambition d'originalité à tout prix, n'en demeure pas moins extrêmement intéressant quant à l'évaluation du processus psychologique qui peut conduire le premier ministre israélien à déterminer sa décision.

Bien que, par principe, nous ne soyons guère très favorables à une contribution anonyme, elle nous paraît, dans ce cas, tout à fait compréhensible. L'auteur tient à nous préciser, cependant, qu'il n'est absolument pas tenu à un devoir de réserve mais que pour des raisons strictement familliales, il s'impose une "obligation de discrétion".

Voici son texte, in extenso: (le "découpage" est de Dabbag.info)

"Je voudrais, avant toute chose, vous prévenir sur deux points: je ne lis pas les journaux israéliens, car je comprends très mal l'hébreu (à mon grand regret, d'ailleurs) et, ensuite, qu'il m'est impossible, malgré beaucoup d'efforts, d'écrire dans un langage journalistique pur. Un style qui reprenne sans cesse des faits que j'estime déjà connus grâce à des sites comme le vôtre ou à la presse francophone en général.

Ceci étant, je dois vous dire que toute mon approche du sujet repose sur une seule question, elle pourrait paraître anodine ou secondaire, mais pour moi elle reste déterminante.

Guilad Shalit est-il un prisonnier, ou réellement un otage?

J'irais même jusqu'à dire que le premier ministre Benjamin Netanyahu ne peut décemment pas se sortir indemme de cette sale histoire s'il ne s'est pas donné, à lui-même, la réponse à cette question.

D'un point de vue psychologique, il est beaucoup plus sain de prendre une décision quand elle est l'aboutissement d'une réflexion faite sous un angle catégorique.

Si Shalit est un otage, alors Israël doit tout faire pour le libérer. Par la ruse, par la force, par des négociations aussi, mais à condition que celles-ci ne soient que le premier stade d'une réponse générale punitive. Pour la raison évidente qu'un Etat de droit ne peut concevoir de déterminer sa politique selon des paramètres mafieux et non-militaires.

Si Shalit est un prisonnier, alors oui Israël peut procéder à un simple échange. Et l'on sait, depuis longtemps, que l'équation est en faveur d'Israël au plan humain, et même éthique. L'ennemi arabe de l'Etat Hébreu a toujours donné très peu d'importance à la vie et à la liberté de ses sujets, alors qu'Israël a sur-dimensionné cette importance. Un militaire lambda le comprendra difficilement en tant que militaire, mais en tant que citoyen il ne peut qu'être en admiration devant cette cohérence éthique.

Bien sûr, le fait de libérer des centaines, voire plus d'un millier, de prisonniers ayant été combattus puis arrêtés les armes à la main, a des chances d'être perçu par le monde entier comme une victoire du Hamas. Et le peuple israélien devra aussi, je suppose, attendre un moment avant de se remettre de son amertume.

Une telle conclusion, risque d'inciter les groupes armés palestiniens à vouloir répéter ce type d'opération, mais l'on verra que rien n'est certain.

Les parents de soldats d'Israël, dont le ressentiment se fera certainement entendre, se demanderont quel est le sens du combat de leurs filles et de leurs fils qui vont risquer leur vie pour capturer des terroristes qu'un autre premier ministre pourrait à nouveau libérer. Puisque l'actuel, Benjamin Netanyahu, aura créé un précédent.

Mais je pense que ces deux réactions n'auront qu'un temps. Le Hamas ne criera pas victoire longtemps, et l'amertume israélienne ne fera pas long feu. Pour le premier, il sera mis sous pression par une population qui n'aura aucun doute sur une réaction extrêmement brutale d'Israël si les groupes armés palestiniens récidivaient. Et elle aurait, à mon avis, plus que raison. Les arabes, et même l'Iran, mais c'est un autre sujet, ne sont pas des imbéciles, ils savent pertinemment que l'Etat Juif est à fleur de peau, et qu'il n'en faut plus beaucoup pour que ses ennemis regrettent de ne pas avoir saisi quelques occasions de calmer le jeu.

Quant à l'amertume israélienne, je suis vraiment persuadé qu'elle disparaîtra pour la seule raison qu'Israël n'a jamais pu se permettre de sombrer dans des sentiments qui pouvaient atrophier sa puissance. En clair: à terme, ce sera surtout une victoire israélienne, parce qu'elle aura galvanisé ceux qui ont en charge, à tous les niveaux, les capacités de dissuasion du pays. Ce sera un "plus jamais ça" que le Hamas va très bien entendre....c'est ce que ses amis devraient lui souhaiter.

Mais si Guilad n'est qu'un otage, et que telle est la réponse que Benjamin Netahyahu s'est donné à lui-même, alors je plains ceux qui le tiennent ; leurs lendemains ne vont pas chanter.

Je viens d'apprendre que Noam Shalit, le père de Guilad, a interpelé le gouvernement afin qu'il traite les prisonniers palestiniens comme son propre fils est traité. Il faut admettre qu'il ne puisse supporter que des hommes, tel que Marwan Bargouthi, aient la possibilité de s'exprimer avec autant d'écho.

Je ne répèterai pas ce que je viens d'écrire sur l'éthique de l'Etat Juif, mais, pour encore mieux clarifier ma pensée, je dirais que si l'on s'approche au plus près de cette affaire, on saisirait assez vite sa signification...dialectique : le Hamas est devenu l'otage de son otage, sinon son prisonnier! "

A.Z.



  




 

Publié dans Israël

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