la trouvaille de Kouchner

Publié le par Actu-JSay


Le Président de l'Autorité Palestinienne, arrivé aujourd'hui à Paris, retrouve le sourire. Bernard Kouchner va lui glisser dans la corbeille un petit gadget de son invention. 

Notre ministre des Affaires Etrangères a déclaré, en effet, avoir le projet d'appeler l'UE à la reconnaissance d'un Etat Palestinien, avant tout accord, toute négociation, avec Israël. En admettant toutefois ne pas être sûr que beaucoup de monde le suive sur cette voie.  

Ou bien Kouchner parle pour essayer de rattraper le flop de ses sorties successives à propos de l'Iran, ou bien la tirade lui a été soufflée au Quai d'Orsay par quelques tendancieux  allergiques à Israël.

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Nous penchons, malheureusement, pour cette dernière possibilité. Elle sent trop le souffre des traditionnelles positions d'une administration que même un Président de la République a du mal à contenir.
 

Le profil du raisonnement de ces messieurs, lui, n'est pas un gadget. Il consiste à penser l'opération de la reconnaissance unilatérale sous son angle de prise en fourchette du conflit israélo-palestinien : Israël ne pourra pas négocier avec un Etat sans frontières sans commencer par lui apporter, lui-même, l'outil de l'abandon de sa virtualité. Autrement dit : la communauté internationale pourra se mêler directement de la négociation au plan territoriale.

Le nouvel Etat Palestinien faisant alors partie, de jure, du concert des nations, Israël se verra obligé de convenir que ce n'est pas à lui de définir les conditions de son existence.

Et le tour est joué : on assistera à un nouveau "partage de la Palestine" dans l'enceinte-même de l'ONU. Pour paraphraser Monsieur de Villepin, disons que la parenthèse de 1948 sera refermée. C'est à cette parenthèse qu'il pensait et non à l'existence physique d'Israël, cela va de soi.

La deuxième dent de la fourchette du raisonnement est encore plus simple : le Hamas, une fois l'Etat Palestinien reconnu, n'aura plus la possibilité d'esquiver le débat du partage du pouvoir politique au sein de cette nouvelle entité. Il sera même forcé d'aller d'urgence à sa conclusion sous peine d'être abandonné par ses supporters arabes...d'autant que l'éventualité d'un partage onusien ne sera certainement pas pour déplaire à l'Iran qui exercera ses pressions en conséquence.

Bernard Kouchner croit certainement que sa trouvaille est opportune étant donné le rythme des choses, et surtout qu'elle n'est pas fondamentalement opposée à l'intérêt d'Israël.

Sur ce dernier point, il ne manquera pas d'officiels de l'Etat Hébreu pour lui répondre qu'il se trompe, et pour l'éclairer sur le grignotage, à petits pas, de l'Etat Juif auquel conduirait un tel processus. Israël prouvera sans mal qu'il ne peut se fier à quelque garantie juridique que ce soit.

Il n'est pas du tout certain, enfin, que l'un de ses fonctionnaires ait prévenu Bernard Kouchner qu'une telle entreprise était la plus belle fenêtre sur l'Etat Bi-national sur lequel fantasment secrètement les amis de Villepin et un très grand nombre d'Européens, du nord au sud.

Mais soyons honnête, Kouchner a conclu la présentation de son gadget en affirmant qu'il n'était pas du tout "sûr d'avoir raison". Pour que cet homme, qui n'est pas coutumier du fait, donne dans le bémol c'est qu'il avait comme le sentiment que quelque chose ne sentait pas très bon dans le bureau où on l'avait encouragé à sortir ce lapin d'un vieux chapeau.

J.S.

 
 

Publié dans France

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