Israël-Iran: la meilleure hypothèse.

Publié le par Simon Fils

__Les lignes qui suivent vont faire pousser des cris d'orfraie non seulement aux va-t-en guerre qui, à quatre mille kilomètres de Jérusalem, pensent qu'Israël aura éternellement intérêt à montrer sa force militaire, mais aussi, hélas, à ceux qui, sur le terrain, ont une fâcheuse tendance à s'agiter inutilement. Ce qui n'est, fort heureusement, presque jamais le cas des dirigeants de l'Etat Juif qui savent, eux, que la puissance de leurs armes ne peut être qu'une réponse transitoire à des problèmes géostratégiques de fond.

Si l'Iran peut se permettre, idéologiquement et arithmétiquement, d'entrer en guerre contre Israël, il n'est pas sûr que cela lui soit objectivement profitable, même pour se rallier la "rue arabe" qui lui témoignerait alors de sa reconnaissance antisioniste, ou antijuive, peu importe. 

Il n'est pas dit que le calcul des ayatollahs et des Gardiens de la Révolution soit d'amener Israël à les attaquer afin d'entrer dans un cycle dont, idéologiquement et arithmétiquement toujours, ils estiment pouvoir sortir vainqueurs. Khameneï et ses conseillers sont certainement plus rationnels que l'on veut bien le croire. Et l'on peut parier qu'ils ne doutent pas, non plus, de la rationalité israélienne.

Certains experts de la politique perse, dont beaucoup de politologues iraniens, ont souvent rappelé qu'Ahmadinejad n'était qu'un outil, sinon un subterfuge, hystérico-mystique, utilisé par les mollahs pour obliger les américains à composer avec eux. Jacques Dabbag a écrit ici, il y a deux jours, très justement, que les tiraillements internes nous échappaient totalement. Quoi qu'il en soit, les plus radicaux des conservateurs ne pourront pas faire l'impasse sur les graves problèmes économiques qui se posent à leur pays, avec ou sans sanctions.

On ne peut, nous-mêmes, ne pas tenir compte de ce que signifierait en termes de régression pour l'Iran une conflagration qui ne lui rapporterait strictement rien de plus que destructions, pannes sociales, suspicion de ses voisins et étouffement progressif de son régime islamique.

Au plan géostratégique pur, hors toute construction intellectuelle, et au-delà du contexte émotionnel que les déclarations antisémites d'Ahmadinejad ont créé en Israël et parmi les communautés juives dans le monde, il reste que les deux Etats n'ont ni les mêmes intérêts dans la région, ni les mêmes enjeux politico-économiques à défendre. Ils ne sont nulle part en concurrence.
 
L'Iran et Israël, sans frontière commune, sont aussi exposés l'un que l'autre à une forme particulière de désir de prévalence du monde sunnite qui les entoure, les encercle. L'Iran chiite pour des raisons religieuses graves et historiquement profondes, Israël en tant qu'abcès de fixation utile à l'exercice de la violence despotique des gouvernements arabes.

Le problème des Palestiniens et de leur possible Etat est le cadet des soucis du chiisme iranien. Le Shah avait déjà, en son temps, fait mine de s'y intéresser tout en se retenant pudiquement. Il savait qu'un Etat Palestinien financé en grande partie par le wahhabisme saoudien n'était pas du meilleur apport pour son pays. Le Hamas des Frères Musulmans a très peu en commun avec le Hezbollah libanais.

Les ayatollahs, au Liban, ont l'ambition absolument réalisable de dhimmiser la population chrétienne. Michel Aoun est le parfait exemple de leur début de réussite en la matière, et il n'est pas seul! Mais que feraient-il d'une Palestine tiraillée ? L'armer ? Ni l'Egypte, ni l'Arabie Saoudite, ni même la Syrie ne laisseraient faire. Ne parlons pas d'Israël.

Ce qui ne veut pas dire, loin de là, que les révolutionnaires islamiques de Téhéran ne veulent toujours pas de Palestine. En revanche, ils sont trop calculateurs pour vouloir d'une Palestine sans Israël.

Israël, gendarme états-unien dans la région et Israël garde-chiourmes des sunnites, voilà une hypothèse qui n'est peut-être pas la plus saugrenue. Même si elle peut paraître, a priori, inacceptable du point de vue israélien, il faut envisager que ces gens-là soient prêts à tout envisager.

D'ailleurs, de quoi a-t-il été vraiment question lors de la rencontre informelle qui a eu lieu en Australie, en 2007, entre Israéliens et Iraniens ? Rencontre qui a été mollement démentie par ces derniers mais où, probablement, l'on a, au minimum, évoqué la guerre du Liban. Une guerre qui a démontré aux deux parties qu'ils devaient se haïr en s'entendant, faute de quoi ils disparaissaient ensemble.

Celui qui parie aujourd'hui que, d'ici quelques années, l'Iran vendra son pétrole et son gaz à l'Etat Juif n'est pas sûr de perdre, car, à notre avis, un nouveau dialogue ne saurait tarder sauf si, encore une fois, à Téhéran comme à Jérusalem, quelques-uns confondent muscles et cervelle.

Si une telle hypothèse s'avère pauvrement illusoire, alors il faut s'attendre à tout, dont au pire ! Mais ce n'est pas le voyage que vient de faire Gaby Askenazy en Turquie qui inciterait à changer un iota à ce qui précède....

Simon Fils

 

Publié dans Géopolitique

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