Israël-Etats-Unis: avant la crise de nerfs.

Publié le par Jacques Dabbag

3722938949_960a872d5f.jpg __Le 31 mars 2002, Thomas Friedman concluait son article du New-York Times par ces mots "le diable danse au Moyen-orient, et il se dirige vers nous". Dans son dernier papier, le même Friedman compare la politique de Jérusalem à "une conduite en état d'ivresse". Quant au conseiller politique d'Obama, David Axelrod, le voilà qu'il vient de déclarer sur les ondes de NBC que l'annonce du projet de construction de 1600 logements à Ramat Shlomo est une "insulte au gouvernement américain".

Point n'est besoin d'être grand exégète pour entendre ce que suggèrent très clairement à Israël ses amis américains : se conformer à ce qui leur convient.
Car ce qui ne serait que dans l'intérêt d'Israël et de sa seule sécurité est devenu inacceptable dans la mesure où Washington y voit trop de contradictions avec ses nouvelles orientations de politique arabe.

Encore faut-il qu'Obama sache réellement où il veut aller en ce domaine, et que sa stratégie en ce qui concerne le conflit israélo-palestinien ne se réduise pas à corseter l'Etat Hébreu dans un carcan d'obligations qui ne lui imposent que des devoirs contraignants. L'amitié israélo-américaine, tellement essentielle, nul ne le conteste, pourra-t-elle évoluer positivement encore longtemps dans un climat où l'ami le plus puissant exhorte l'autre à abandonner la défense la plus "tactique" de sa souveraineté. Israël étant le seul des deux antagonistes du conflit à se permettre de faire machine arrière (Jérusalem, implantations etc...), c'est avoir une conception bizarre de l'amitié que de lui demander de se comporter comme si les négociations avaient déjà abouti.

D'ailleurs, aux dernières nouvelles, Washington ne demande plus mais exige. Arrêt des implantations et de toutes les constructions, libération de prisonniers palestiniens en gage de bons sentiments à l'égard d'Abbou Mazen, et...et l'engagement d'Israël de mener à terme les négociations de paix sur tous les sujets que les Palestiniens décideront d'aborder.

Il ne manque plus aux USA que d'interdire à l'Etat Juif de contrarier Mahmoud Abbas au cours de ces "négociations" déjà toutes ficelées.

La crise entre les Etats-Unis et Israël n'est pas "grave à cause de sa charge émotionnelle" comme le dit le Professeur Gilboa de Bar-Ilan, mais bien à cause d'une inadéquation des perspectives de chacun. 

Les Palestiniens et leurs nouveaux amis américains ont beaucoup de chance, finalement, de se trouver en présence d'un leadership israélien aussi peu perspicace. Un autre, peut-être plus lucide, aurait très bien pu exiger, avant toute discussion, que l'AP fasse d'abord le ménage chez elle. Et, pourquoi pas, que soit lancée, en Cisjordanie et à Gaza, une grande consultation "démocratique". 

Pourquoi pas. On sait, après tout, que la majorité du peuple israélien est pour l'établissement d'un Etat Palestinien à ses frontières. On ne sait pas ce qui sortirait des urnes de Ramallah et de Naplouse. Quelle serait la réponse à la question : voulez-vous d'un Etat qui vive en paix à côté de l'Etat Juif d'Israël dont vous reconnaissez l'existence ?

Les hommes d'Obama et Hilary Clinton seraient peut-être surpris par la réponse d'une population à laquelle ils veulent qu'Israël fasse tant de cadeaux.

Une pareille fiction a tout de même un intérêt : elle permet aux amis d'Israël de se retenir de beaucoup d'illusions, et notamment de celle qui consiste à parier que cette crise ne risque jamais de virer à la crise de nerfs.


Jacques Dabbag 

Publié dans Moyen-Orient

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