Israël:Pourquoi Slama fait-il la courte-échelle à Shlomo Sand en plein Figaro?

Publié le par Jacques Dabbag

J'avoue avoir eu besoin de revenir à plusieurs reprises sur la chronique d'Alain-Gérard Slama, publiée dans Le Figaro d'hier, avant de décider de réagir. L'à-chaud ne convient pas toujours.

Devant ces ailes qui lui poussent à force de faire tribune dans le grand quotidien français, il m'arrive de rester stupéfait tant la transversalité des analyses de Slama confine souvent au sophisme.

Avec des affirmations du genre "De plus en plus rares sont les esprits assez lucides, ou courageux, pour voir que les nationalismes et les particularismes communautaires, loin de s'opposer, se renforcent les uns les autres et poursuivent un travail de sape continu des valeurs de liberté et de tolérance"

On le comprend bien: c'est match nul, balle au centre...Mais si, aussi, Slama voulait tout mettre dans le même sac, terrorisme islamique avec CRIF, nationalisme syrien avec culture berbère, ou orthodoxie juive avec talibans, alors rassurons-le : il ne pouvait mieux s'y prendre.

On ne manquera de rappeler au chroniqueur que les esprits ne sont pas rares qui sont assez lucides pour comprendre qui sape quoi. Mais peu, en effet, sont assez courageux pour appeler un chat un chat. Sans donner, comme lui, dans une étrange redistribution dialectique de saufs-conduits.

En deux mots, son papier traduit ses difficultés à penser la modernité comme une catégorie autonome et non systématiquement humanisante. D'où l'opaque état des lieux où il mixe tout ce qui lui vient à l'idée, hélas....

Certes, A-G Slama est un humaniste, mais un humaniste qui a du mal, apparemment, à dégager de l'air du temps les relents d'un "démocratisme" anormalement déficient dès qu'il s'agit d'Israël.

Fallait-il qu'il écrive de l'Etat Hébreu qu'il est "une démocratie accomplie" sans faire la moindre allusion à ce à quoi aspire le Peuple d'Israël dans son immense majorité.

Ou bien a-t-il besoin d'un référendum pour authentifier sa formule? s'apercevant, à l'aune de sa propre définition, que c'est bien à un Etat Juif que ces citoyens veulent appartenir. En majorité, démocratiquement consultable.

Ni par chauvinisme religieux, ni pour des raisons d'appartenance communautaire, (ce serait bien mal connaître ce peuple) mais seulement parce qu'il se définit comme autre chose "qu'une construction historique avec sa part de hasard et de nécessité", contrairement à ce que pense Slama.

Pourquoi ne pas accepter du Peuple Juif qu'il ait, aussi, le "droit de disposer de lui-même" sur sa terre ancestrale et non dans un Birobidjan de pacotilles ?

Sans tenter de préjuger de la réponse de l'intéressé, signalons tout de même que sa note en fin de tribune nous laissera, un moment, suspendus à ses lèvres. Slama y renvoie à ce qu'il appelle "un débat" autour du livre de Shlomo Sand. Mais "débat" entre qui et qui ?

Entre antisionistes et antisémites ? Non.
Entre Juifs ? Guère davantage. 
Entre antisiojuifs et juifs ? Peut-être, dans la mesure où il n'est malheureusement pas rare de rencontrer, parmi ceux-là, quelques-uns dont "l'esprit lucide" s'acharne à modéliser ce qui les nie.

Sinon, un tel "débat" n'a aucun sens, aucun intérêt, aucune validité possible; parce que le livre de Sand ne repose sur aucune vérité historiquement validée par le contexte. Sauf à défendre le principe selon lequel toute nation n'est fondée que sur une connaissance axiomatique de sa réalité...

Slama ne dit pas cela; pourtant, ses deux lignes à propos du "peuple élu" et de "l'ethnocentrisme" de leur Etat flirte, du bout des mots, avec la dénégation d'une histoire nationale plusieurs fois millénaire; dénégation à laquelle Sand s'est ouvertement acoquiné.

Jacques Dabbag 

Publié dans Israël

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article